"Nouvelle journée et nouveau chouchou pour ces Rencontres de théâtre jeune public : L'ennemi (8 à 12 ans) du Micmac Théâtre.

Sur le thème pourtant pas folichon de la guerre, les deux comédiens, mis en scène par Bernard Massuir, réussissent le défi de nous faire rire, sans sacrifier une critique décalée de tous les conflits qui meurtrissent les hommes. Avec un décor simple mais d'une efficacité de franc-tireur, un humour qui va droit dans la cible et une imagination toujours en joue, L'ennemi nous a réjouis.

Librement inspirée de l'album de Davide Cali et Serge Bloch, la pièce démarre dans un désert, où s'opposent deux soldats, chacun dans leur trou. Dans un univers qui flirte avec la bande dessinée (couleurs vives, accessoires de papier au dessin net et humoristique), l'ironie n'est jamais gratuite et pointe à tous les coups les absurdités de la guerre. Les moustaches exagérées des capitaines soulignent leur arrogance ridicule, les balles en carton-pâte ont du mal à suivre, les dictateurs aux barbes carrées évoquent tous les potentats sanguinaires et les marches militaires sont tournées en dérision dans de narquoises versions musicales.

Formidables pantins en costumes de Sudistes, Stéphane Groyne et Thierry Boivin sont irrésistibles, tantôt soldats au camouflage excentrique, tantôt généraux embrigadant les recrues à coups de slogans haineux (« L'ennemi n'est pas un être humain, il faut le tuer avant qu'il ne nous tue. ») avant d'aller jouer au golf loin du champ de bataille. Mais dans leur trou, les deux soldats finiront par réaliser qu'ils ont finalement beaucoup en commun. La hache de guerre sera enterrée dans un final plein de poésie, d'ingéniosité, d'espoir aussi.

Avec ses soldats surréalistes, L'ennemi tire dans le mille".

Catherine Makereel - Le Soir - 19/8/2010 - ★★★★



© Nanciboulette



"Autre pari à relever, celui de monter "L’ennemi", l’excellent album de Davide Cali et Serge Bloch paru chez Sarbacane. Adapter un récit construit sur l’attente, le non-événement et l’absurde n’est pas à la portée de tous les metteurs en scène. Chevronné, Bernard Massuir ne s’y est pas trompé et se réjouit certainement d’avoir accepté la proposition du comédien Stéphane Groyne séduit par le livre.

Que ferait-il si c’était fini ? Il mangerait du chocolat, changerait de chaussettes tous les jours et ferait cinq enfants. Tels sont quelques-uns des rêves de l’homme qui, caché au fond de son trou, et muni du manuel du bon soldat, a bel et bien le temps de penser à plus tard. Qui se cache dans le trou d’en face ? Que fait-il ? A-t-il un visage, une famille ? C’est un tueur, assurément. Il faudra donc tirer avant qu’il ne tire. "L’ennemi" par la Compagnie MicMac donne d’emblée de la consistance aux Rencontres théâtre jeune public après une première journée plus mitigée. Cette nouvelle compagnie relève en effet le défi haut la main.

Plantés dans un décor d’une grande simplicité, Stéphane Groyne et Thierry Boivin, qui jouent le nonsense à merveille, s’observent du coin de l’œil, répètent les mêmes gestes, s’interrogent et s’ennuient. On se croirait parfois dans "Le Désert des tartares" Quelques incursions viennent rythmer le texte, inscrire le lazzi du temps qui passe, accélérer le mouvement et susciter le rire dans une scénographie d’une belle efficacité. Un casque, une mitraillette, une moustache en carton et l’imaginaire est en marche. Elliptique et épurée, la mise en scène en deux dimensions de Bernard Massuir respecte la ligne claire du livre illustré par Serge Bloch. Et si la Grande Guerre a inspiré les auteurs, celles d’Irak ou d’ailleurs se nichent aussi dans cette adaptation libre.

"Je voulais garder une distance car le sujet doit être traité de la sorte. Je crois que la simplicité sert le propos et aide à la réflexion" nous confiait Bernard Massuir à l’issue d’une représentation chaleureusement applaudie par le public".

Laurence Bertels - La Libre - 19/8/2010 - ★★★